Contexte et Environnement
Date et Heure de l’incident: 07/09/2026 15h
Dommages corporels (oui/non, lesquels, interruption temporaire de travail) ? :
oui. fracture tibia et péroné cheville droite. fracture col du fémur gauche. entorse épaule gauche. 3 mois d'arrêt de travail.
Dommages matériels (oui/non, lesquels) ? : non
Le pilote a dû faire une déclaration auprès de la FFVL (oui/non) ? : oui
Niveau du pilote : (Heures de vol par an en moyenne ? Années de pratique ? Quel brevet ?
BPC, 8 ans de pratique. 70 à 120h par an.
Type de matériel (ex : voile EN A, révisée ou non, année, sellette cocon, etc…) :
voile EN-C depuis juin 2026 (30 vols environ)
Volume de pratique dans les 30 jours précédents l’incident (heures de vol et de gonflage)?
6 heures
Avec le même matériel? oui
Type de vol (ex : Solo, Bi, etc.) : solo
Phase du vol (ex : Prévol, Décollage, vol, Approche, Atterrissage, etc.) :
décollage
Lieu (ex : sur site (lequel), en cross, plaine, montagne, etc.) :
vol local au pic d'Ysson (proche Issoire). plutôt typé plaine.
Déclarant (qui rédige ce retex: pilote, passager, témoin …) ?
pilote
Nombre et type de personnes concernées (ex : 1 pilote + passager, 2 pilotes, etc.) :
1 pilote
Environnement (ex : obstacles, densité de voiles, nature du sol, etc.) :
pente herbeuse environ 45° sur 20 à 30 mètres, arbres en dessous. clôture basse 20cm dans le haut de la pente, tables d'orientation au sommet.L’herbe assez haute ne facilite pas le déplacement.
Météo et aérologie (ex : vent fort, conditions thermiques, orientation du vent, etc.) :
vent modéré, tendance ouest non totalement installée
Le pilote avait -il conscience d'être dans une situation à risque ?
non
Le pilote était-il dans un état d'esprit ou une condition physique particuliers (fatigue, stress, excès de décontraction, etc.) ? non
Le pilote s'était-il fixé un objectif particulier pour ce vol (distance, durée, exercices etc...) ? non
Le pilote a-t-il pensé qu'il pouvait utiliser son secours ? non
Description de l'incident
Description chronologique des faits :
Nous sommes 2 à aller sur ce site qui nous a été recommandé par les pilotes locaux en fonction des prévisions.Arrivée sur site peu avant 12h, avec une brise tendance sud et des débuts de redressement en sud-ouest. Progressivement l'orientation passe en ouest vers 13h/13h30. Nous attendons que la brise soit plus franche et stable mais vers 14h, la tendance rechange pour aller progressivement sur du nord avec des passages en nord-est, pour ensuite laisser place à un calme total (absence de brise).
14h30 la brise repart en ouest, j'attends 14h45 pour une première tentative de décollage au sommet. La balise du site de Valbeleix à l'ouest donne du vent à 30km/h en rafale mais ne laisse pas présager de phénomènes d'onde ou de turbulences 15 km à l'est sur le pic d'Ysson. Le gonflage se fait bien dans un vent modéré mais au moment de me retourner la voile fait une rotation de 180 degrés sans raison explicable.
Après réflexion je décide de descendre plus bas dans la pente car je suspecte des brises antagonistes au sommet. Deuxième gonflage vers 15h toujours dans du vent modéré avec quelques turbulences qui nécessitent des corrections en face voile. Je n'ai pas le temps de me retourner, une forte et brève rafale me soulève et je décolle twisté dans la foulée. D'expérience, le retournement se fait naturellement et donc j'attends... mais en vain, la voile est déjà en début de virage et l'attente passive crée les conditions pour une forte accélération du virage, me privant de toute possibilité de réaction construite.
Je me prépare alors au choc (je pense "ça va faire mal") mais le cerveau coupe tout avant l'impact et je reprend conscience sur la barquette entouré des pompiers et du SAMU qui me font surfer sur la pente jusqu'au sommet. J’ai tout de même le réflexe de protester quand un pompier propose de couper mes suspentes qui les gênent !
Récit de la personne qui a appelé les secours:
Une intervention efficace, avec de nombreux acteurs, mais des points à améliorer !
J’allais enfiler ma sellette quand l’accident s’est produit. Comme il est parti droit pendant quelques secondes avant que l’aile ne tourne, le retour à la pente s’est fait avec de la hauteur et beaucoup de vitesse. Le casque a été éjecté au premier choc et l’aile a trainé le pilote hors de ma vue sur encore 15 ou 20 mètres. Ce fut très impressionnant et j'ai commis l'erreur de descendre immédiatement voir son état, en laissant mon téléphone dans ma sellette. Il m'a fallu plusieurs minutes pour remonter et appeler les secours.
Les pompiers sont arrivés rapidement, environ 20mn, mais il y a eu un problème de transmission interne aux services de secours : Ils s'attendaient à trouver un VTT dans la zone basse du pic d'Ysson et ils ont cherché dans cette zone avant de m'appeler. Malheureusement l’hélicoptère avait été décommandé entre-temps. Pourtant la communication avec la régulatrice du 112 n'était pas ambiguë, j'avais clairement indiqué le parapente, le sommet, et le besoin de l'hélico en précisant mon statut de secouriste. Un pompier a manifesté son agacement car ce n'était pas la première erreur de la journée.
Sans l’hélico il a fallu faire venir une équipe du GRIMP pour treuiller le blessé sur une civière jusqu’au sommet. Pendant cette intervention les pompiers se prenaient les pieds dans les suspentes que j’avais pourtant déconnectées de la sellette mais sans avoir eu le temps de tout ranger proprement.
Comme l’hélico était censé intervenir j’avais dû sécuriser l’aile de l’accidenté et la mienne qui était au sommet sur la zone d’atterrissage potentielle. Nous avions quand même réussi à démêler le blessé de toutes ses suspentes, ce que le pompier voulait couper quand le pilote a protesté mollement ce sont les sangles de sa sellette.
Depuis l’accident jusqu’au départ en ambulance, il s'est passé entre une heure et 45mn. Entre le choc à la tête et la morphine à haute dose, on n'a pas tous le même souvenir !
Analyse & synthèse du déclarant : à priori, quelles sont les causes de l’incident?
Décollage départ twisté, attente du retournement naturel qui n'a pas lieu du fait d'une dérive à droite et autres facteurs. Cette temporisation crée les conditions pour une accélération rapide du virage et retour à la pente.
Suspicion de déséquilibre des freins due à un fort toronnage constaté en prévol (pas d'émerillons sur les poignées de cette voile).
Possible influence des élévateurs très fins pour cette voile light vs mon ancienne voile EN-B (à investiguer).
Quels conseils puis-je partager à la communauté pour éviter de reproduire cette situation dans le futur ?
La probabilité d'occurrence d'un départ twisté est faible et d'expérience relativement anodine car le retournement s'est toujours opéré naturellement. Or il s'avère que cela n'est pas toujours vrai.
On peut parler de biais cognitif car cet accident montre que l'expérience acquise est un frein à la prise de décision.
Vu les conséquences potentielles, un départ twisté ne peut être pris à la légère et cela impose de revoir les pratiques liées au décollage, surtout en pente forte.
En vent faible à modéré : retournement rapide avant la tempo, ou juste après sans exiger une voile parfaite mais juste bien centrée, le but étant de passer le plus rapidement possible en situation nominale de pilotage.
En vent plus fort: privilégier la levée dissymétrique qui permet un retournement progressif avec la montée de la voile. En cas d'arrachement les élévateurs sont déjà décroisés en partie.


