... la décision d'engager la branche arrière est parfois délicate

Date et Heure (locale) de l’événement :

Vendredi 05 août 2022, 15h30

Dommages corporels (oui/non, lesquels. Interruption temporaire de travail) ? :

Oui, forte douleur au pied gauche (talon). Radio & scanner n'ont pas révélé de fracture. Pas d'interruption temporaire de travail

Dommages matériels (oui/non, lesquels) ?:
Non

Le pilote a dû faire une déclaration auprès de la FFVL ? (oui/non):
Non

Contexte et Environnement

Niveau du pilote Heures de vol par an en moyenne ? années de pratique ? quel brevet ? :
BI depuis septembre 2021, ~75 vols dont 25 (essentiellement des ploufs) en 2022

Volume de pratique dans les 30 jours précédents l’incident ? (heures de vol et de gonflage) ;  avec le même matériel ? :
3 ploufs le jour même, 1 en juillet et les précédents en mai.

Type de vol(ex : Solo, Bi, etc.) :
Solo

Phase du vol(ex : Prévol, Décollage, vol, Approche, Atterrissage, etc.) :
Atterrissage

Lieu (ex : sur site (lequel), en cross, plaine, montagne, etc.) :
Vol sur site : Val Louron, atterro du lac de Genos

Type de déclarant (ex : Pilote, témoin au sol, etc.) :
Pilote

Type de matériel (ex : voile A révisée ou non, année, sellette cocon, etc) :
Voile A de 2021, sellette airbag

Nombre et type de personnes concernées (ex : 1 pilote + passager, 2 pilotes, etc.) :
1 pilote

Environnement (ex : obstacles, densité de voiles, nature du sol, etc.) :

Plusieurs bi en vol (ils ont décollé peu avant moi mais étaient toujours en vol lors de l'incident), beaucoup de monde éparpillé un peu partout sur l'atterrissage dont un certain nombre de pilotes faisant du gonflage.

Météo & aérologie (ex : vent fort, conditions thermiques, orientation du vent, etc.) :
Brise de vallée un peu soutenue (nord).

Description de l’évènement

Description chronologique des faits :

Après 3 ploufs entre 10h30 et 13h j'hésite à remonter avec la navette de 14h30 pour un quatrième vol (certains développements nuageux sont à surveiller), je remonte tout de même en me disant que si l'évolution ne semble pas bonne ou si les conditions au déco ne me conviennent pas je redescendrais à pied ou en stop.

2 navettes de biplaces partent au même moment. Je suis donc en même temps qu'eux au déco du 600, je me prépare et décolle peu après eux. Le déco se passe très bien comme la suite du vol qui est bien agréable. J'essaye de tenir un peu plus en l'air que les vols précédents, ça marche un peu mais pas non plus très longtemps.

Je me dirige tranquillement vers le lac, les biplaces tiennent un peu plus donc je suis seul à faire ma perte d'altitude et mon approche. La brise vient du nord, elle s'était un peu mise en place lorsque j'ai pris la navette et cela est confirmé par les différentes manches à air, les drapeaux devant les écoles et les nombreux pratiquants au gonflage. Il y a beaucoup de monde sur toute la zone d'atterrissage.

Je fais des 8 au-dessus du lac, je sais que lors de la branche vent arrière j'aurai une vitesse importante par rapport au terrain compte-tenu de la brise. Je continue ma perte d'altitude puis commence ma branche vent arrière, comme prévu je suis bien poussé par la brise et je continue à perdre de l'altitude (j'ai un taux de chute plus important que ce que j'avais prévu). Je passe proche des cabanons des écoles et suis trop bas pour finir correctement ma PTU. J'engage tout de même un virage à droite pour ne pas poser dos au vent et en espérant pouvoir finir mon U et m'aligner. Je pose violemment quasi perpendiculairement à la brise, environ au tiers du terrain sur sa largeur. Je pose sur les pieds et compte-tenu de ma vitesse et de la vitesse de ma voile je tombe ensuite en avant. Je me relève immédiatement un peu sonné par la frayeur de ce qui vient d'arriver. Je sens assez vite une douleur au pied gauche (je ne peux pas poser le talon). Je replie ma voile et puis après réflexion je décide de rentrer à Toulouse faire une radio du pied (je devais à la base rester le soir et le lendemain à VL).

Analyse & synthèse du déclarant :

Sur les circonstances précédent le vol et la décision d’aller voler :

Les conditions étaient relativement calmes les vols précédents, j'avais hésité à remonter mais un quatrième vol semblait réalisable (après vérification que les conditions étaient bonnes pour moi au déco).

J'avais fait 3 vols et devais rester le lendemain, je ne cherchais donc pas à voler coûte que coûte. La décision de voler n'était pas mauvaise, autrement dit avec du recul je ne prendrais pas la décision inverse.

Sur le vol et l’incident/accident :

Il n'y avait personne d'autre que moi lors de la perte d'altitude ni en approche, donc mon erreur n'est pas due à l'environnement "dans les airs" (à une forte concentration de voiles par exemple) à ce moment-là puisque je pouvais me concentrer sereinement sur ma perte d'altitude (Note: s'il y avait eu d'autres voiles en vol elles m'auraient peut-être donné des indications quant au moment d'entrer en branche vent arrière).

Je sens que le vent est fort et je m'applique à faire mes 8 aux bons endroits et en ne tournant pas le dos au terrain, mais je sens que je pourrais être plus précis (je subis un peu la dérive ?)

Enfin, mon erreur est ici: j'entre (beaucoup) trop tard en branche vent arrière. Aujourd'hui je n'ai toujours pas élucidé pourquoi, c'est peut-être parce que je ne voulais pas que la brise ne me pousse trop loin donc j'ai voulu raccourcir cette étape et donc l'ai entamé trop tard (cumulé au fait que je perds plus d'altitude pendant cette branche vent arrière que ce que je pensais) ? C'est l'inverse de ce qu'il aurait fallu faire: entrer au bon moment c'est-à-dire avec suffisamment de marge, de hauteur par rapport au terrain, décider ensuite du moment de réaliser la base puis la finale, quitte à allonger un peu la base ou à reperdre de la hauteur si nécessaire une fois aligné (en ajoutant un S par exemple), et en sachant que l'on sera de toute façon bien contré une fois face au vent.

Une autre solution aurait été de faire ma perte d'altitude (ou du moins la fin) sous le vent du terrain, puisque j'étais seul en approche.

Une fois la branche arrière entamée trop tard, s'il y avait eu moins de monde au sol j'aurais peut-être réalisé mon virage à droite (pour faire ma base) plus tôt, ce qui aurait été un moindre mal.

Je m'en veux parce que:

  • je connais la théorie,
  • j'ai déjà pratiqué ce genre d'approches (avec du vent ou une brise soutenu(e)), mais pas non plus un grand nombre de fois et la dernière fois doit remonter à plus d'un an,
  • j'ai déjà à plusieurs reprises (là où j'ai fait mes stages init' & perf, mais aussi à Val Louron) vu un certain nombre de pilotes commettre cette erreur et "faire des cratères".

Note: Je n'avais pas de matériel me permettant d'enregistrer mon taux de chute ni la vitesse lors de l'impact avec le sol.

Conclusion :

Plus de peur que de mal (même si aujourd'hui je marche encore sans poser le talon), cet incident me rappelle que toute approche doit être bien construite et adaptée à chaque situation. Il vaut mieux réaliser sa branche vent arrière trop tôt (on peut ensuite jouer sur l'entrée en étape de base et sur la longueur de la base) que trop tard. Incident qui pour moi pointe un manque de pratique / de volume dans ces conditions. A retravailler donc, en ayant cet incident en tête. Et attendant, je connais mes lectures des prochains jours: le chapitre 3 "Atterrissage: les approches" du Manuel du Vol Libre.